À la base, le 6-7, c’était simple. Une plage horaire. Un moment entre la job et le souper. Un prétexte pour prendre un verre, jaser, décompresser. Rien de mystérieux.
Mais quelque part, en chemin, ça a dérapé.
Parce qu’aujourd’hui, le 6-7 n’est plus une heure. C’est un concept. Un état d’esprit. Une zone grise où le temps n’existe plus vraiment.
Et c’est là qu’on arrive au fameux souper d’hier.
« C’est 7! Ha ha ha ha! C’est 7! »
Panique générale autour de la table.
« C’est quoi, c’est 7? »
Personne ne le sait. Personne n’ose demander trop longtemps. Parce que poser trop de questions, c’est déjà être exclu du gag.
Et comme toute bonne tradition incompréhensible, ça vient avec sa hiérarchie :
« Fais pas comprendre. T’es trop vieux. »
Ou trop jeune.
Ça dépend de qui parle.
Le 6-7, à la base, c’était supposé finir à 7. Mais là, quand quelqu’un annonce fièrement « C’est 7 », ça ne veut plus dire que c’est fini. Ça veut dire que quelque chose commence… mais on ne sait pas quoi.
Et le lendemain, évidemment, vient le message vocal.
La vengeance froide.
« Hier, j’ai pas pensé… mais 8, 9. Ha ha ha ha! 8, 9. »
Pourquoi 8, 9?
Parce que 6-7, c’était trop clair.
7, c’était déjà trop explicable.
Faut que ça reste flou.
Et quand tu penses avoir atteint le sommet de l’absurde :
« 2, 5. Ha ha ha ha! »
Là, t’abandonnes.
Tu souris.
Tu fais semblant que tu comprends.
Parce que le 6-7, ce n’est pas une heure.
C’est un test social.
Si tu ris, tu fais partie de la gang.
Si tu demandes des explications, t’es déjà trop loin.
Et le message se termine comme toute bonne légende familiale :
« Essaie pas de comprendre. T’es trop petit. T’es trop jeune. »
Et un dernier chiffre, lancé comme une énigme inutile :
« Sur ça, 4, 3. OK. Bisous, bye. »
C’est ça, le vrai 6-7.
Ça commence à une heure précise…
et ça finit quand plus personne ne comprend rien.
Et honnêtement, c’est peut-être pour ça qu’on y retourne.