Pourquoi on fait ça? Pourquoi, quand quelqu’un nous fait un compliment, on se sent obligé de s’excuser d’exister?
Quelqu’un te dit :
« Hey, c’est beau ce que tu portes. »
Pis toi tu réponds :
« Ah voyons donc… c’est de la guenée, j’ai pris la première affaire qui traînait dans le garde-robe. »
Ou encore :
« C’est bon, ta recette! »
« Ben là… j’suis pas Ricardo, là… »
Comme si accepter un compliment, c’était se prendre pour quelqu’un. Comme si dire merci, c’était déjà trop d’orgueil.
Je repensais à ça récemment. J’étais sur un plateau de télé, il y a quelques années. Jean-François Mercier était là. On parlait du métier d’humoriste, pis à un moment donné, je dis la phrase classique :
« On sauve pas des vies. »
Pis JF me regarde et me dit :
« Qu’est-ce que t’en sais? »
Sur le coup, j’ai pas su quoi répondre. Pis avec le temps, je me suis rendu compte qu’il avait raison. On le sait pas. On sait jamais vraiment l’impact qu’on peut avoir sur la vie de quelqu’un.
L’autre soir, j’avais un show. Un de ces shows le fun. Un public généreux, présent, une méchante belle vibe. Mais c’est après le spectacle que ça m’a frappé.
Je jase avec le monde. Plusieurs me disent qu’ils ont pas eu une belle semaine. Un petit groupe me dit :
« Ça nous a fait du bien de rire ce soir… notre mère est malade. »
Une madame me dit :
« Chez nous, tout le monde est malade. »
Moi, dans ma tête, je pense : rhume, gastro, la patente.
Elle ajoute :
« Non non… cancer. »
Ok. Tabarouette.
En m’en allant à mon char, un jeune adulte se détache de son groupe. Il vient me voir, me remercie pour le show. Je lui demande s’il a passé une belle soirée. Il me dit :
« Oui… t’as pas mal sauvé ma semaine. »
Une semaine de marde. Pas besoin de plus de détails.
J’embarque dans l’auto. Par réflexe, j’ouvre Facebook. Je tombe sur le statut d’une dame qui remercie sa sœur pour les billets du spectacle. Elle écrit que la soirée lui a fait du bien après une semaine pas évidente.
Pis là, je veux être clair. Je dis pas ça pour me péter les bretelles. Je dis pas que je sauve des vies. C’est pas ça pantoute.
Moi aussi, cette journée-là, j’avais eu une petite journée bof. Rien de grave, mais assez pour douter un peu. Tellement que je m’étais bien rasé en me disant : au moins, je vais me trouver moins laid. Ça aide toujours.
Mais ce que je veux dire, c’est l’inverse de se vanter. Ce soir-là, c’est eux qui m’ont fait du bien. En me disant que je leur avais fait du bien.
Parce que des fois, on se remet en question. On va loin dans notre tête. On se trouve inutile. Pis quand quelqu’un te rappelle, sans même s’en rendre compte, que t’es pas complètement inutile… ça fait un méchant bien.
Fait que la prochaine fois que quelqu’un vous fait un compliment, essayez juste de dire merci. Pas besoin de vous rapetisser. Pas besoin de vous excuser.
Des fois, juste être là, c’est déjà beaucoup.
Pis pour vrai…
Merci.
Parce que c’était toute une belle soirée.